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Les dispositifs artistiques contemporains : les enjeux d’une nouvelle organologie

Océane Delleaux

L’étude de la place du spectateur au sein de dispositifs artistiques et numériques : cadre historiographique et enjeux

Résumé

À partir des années quatre-vingt-dix, l’engagement du spectateur en tant que collaborateur à un processus de création s’illustre par des écrits de philosophes qui ouvrent l’expérience esthétique à l’action et d’historiens, témoins de la transformation de l’exposition en lieu de création. C’est à la même période que des pratiques artistiques fondées sur l’usage des technologies numériques connaissent un développement sans précédent et assoient la notion d’interactivité. Il serait toutefois dommageable de résumer la confrontation actuelle du spectateur à des projets explicitement interactifs. Au sein d’une histoire des arts visuels en renouvellement accéléré, sensible à la médiation et à la communication, les chercheurs entreprennent donc de revisiter l’étude de la place du spectateur. Organisée autour d’un certain nombre d’activités scientifiques et artistiques, celle-ci constitue un chantier important qui reste à approfondir. À ce titre, notre contribution avancera un premier cadre historiographique dans lequel ce parcours s’inscrit avant de préciser quelques-uns de ses enjeux.

Texte intégral

À partir des années cinquante, la place du spectateur se développe au sein des prestations esthétiques qui lui sont contemporaines. Elle confronte une théorisation de l’œuvre participative, interprétative, ouverte, via les écrits de Karl Gerstner, Umberto Eco, John Berger1, à des propositions remettant en cause son culte et sa propriété, à l’instar de l’art cinétique, du GRAV, du multiple ou de l’art vidéo. L’artiste n’est plus seulement le producteur d’objets. Il crée des situations où la participation et la créativité du spectateur sont susceptibles de se développer : installations, environnements, dispositifs. Il s’inscrit dans un contexte idéologique qui vise à rendre l’art accessible au plus grand nombre en le sortant des lieux institutionnels.

Cet engagement d’un public comme collaborateur à un processus de création rencontre au fil du temps les faveurs grandissantes des acteurs de l’art, même si les années quatre-vingt marquent un ralenti. Au cours des années quatre-vingt-dix puis deux mille, il s’illustre par les écrits de philosophes, tels que Nelson Goodman et Odile Dupont, qui ouvrent l’expérience esthétique à la perception et a fortiori l’action2, et d’historiens, à l’image de Jean-Marc Poinsot et de Didier Semin, témoins de la transformation de l’exposition en lieu de création3. À la même période, des pratiques artistiques fondées sur l’usage des technologies numériques – animations 3D, Net Art, art logiciel, hacktivisme – connaissent un développement sans précédent et assoient la notion d’interactivité.

Il serait dommageable de résumer la confrontation actuelle du spectateur à des projets explicitement interactifs. Il est toutefois avéré que les dispositifs artistiques, situés à mi-chemin entre la performance, le multiple, l’installation ou l’art multimédia, font appel selon un rythme croissant à des media technologiques.Au sein d’une histoire des arts visuels en renouvellement accéléré depuis les années quatre-vingt-dix, sensible à la médiation et à la communication, les chercheurs entreprennent donc de revisiter l’étude de la place du spectateur. Organisée autour de publications, de colloques, de séminaires, d’expositions, de programmes de recherche, celle-ci constitue un chantier important qui reste à approfondir. À ce titre, notre contribution avancera un premier cadre historiographique dans lequel ce parcours s’inscrit avant de préciser certains de ses enjeux.

I) L’objet de la recherche

A) La participation du spectateur : un nouveau chantier dans les années quatre-vingt-dix

Depuis une vingtaine d’années, le sujet suscite l’intérêt des professionnels de l’art comme du grand public et les travaux se sont multipliés. Une première approche consiste à étudier la participation active du spectateur à une œuvre n’incluant pas une dimension technologique. Pour ne citer que les publications les plus représentatives, il faut rappeler le catalogue de l’exposition collective Take Me, I’m Yours organisée par Hans-Ulrich Obristà la Serpentine Gallery à Londres au printemps 1995. Cette manifestation invitait les visiteurs à « évaluer, toucher, transformer et emporter chez eux les œuvres exposées et à assumer ainsi un rôle actif dans leur dissémination.4 » Le spectateur endossait différents rôles qui dépassaient celui de simple visiteur. Acteur l